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La Mauvaise Herbe


La Mauvaise Herbe, journal trimestriel de la Conf' Drôme.

Mais au fait, pourquoi "La Mauvaise Herbe" comme nom de journal ?! Connaissez-vous la chanson de Brassens ?

Gilles Servat, chanteur breton, disait « la langue bretonne est la folle avoine au milieu des épis bien rangés ». Avoir l'insolence de vouloir vivre malgré les contraintes rassurantes de l'ordre établi, fut-il mis en œuvre par les représentants élus de la république. Georges Brassens aussi chanta la Mauvaise Herbe, comme un défi à la morale convenue de tous les bigots de la nouvelle religion baptisée « démocratie ».
Et pour nous paysans, nous savons que lorsque les rumex et autres chardons se mettent à envahir nos champs, ce sont les sols qui n'en peuvent plus d'asphyxie sous les roues des tracteurs de plus en plus lourds.
Alors que le monde actuel est de plus en plus « formaté », nous regardons avec bienveillance toutes ces mauvaises herbes germer et fleurir avec impertinence pour le plus grand désarroi de ceux qui voudraient tout organiser, tout codifier, pour rendre le monde plus « intelligent », c'est-à-dire plus asservi à l'ordre techno-industriel, commercial et financier.


Brassens - La mauvaise herbe par Vega10


Le numéro du mois

n° 149 - juin 2021
Editorial
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Editorial

Nous ne sommes pas à vendre !


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Nous avons mille raisons de lutter, mille raisons de nous soulever, et pourtant, nous ne savons pas comment nous y prendre, noyés sous une multitude d'images, sur les boites mails, sur les portables, sur la myriade d'écrans que nous avons inventés.

Comme si nous n'arrivions plus à sentir le poids des choses, à en mesurer l'envergure, comme si nous devions répondre à toutes les injonctions que le monde nous assène, comme s'il fallait être visible, immédiatement, ou disparaître. Comme si nous ne pouvions pas être du côté de l'invisible, du côté des invisibles.

Nous ne le savons pas, mais ce qui fait de nous des paysans : notre lien concret à la terre, nos mains calleuses, l'odeur des animaux sur nos vêtements, est un trésor que le monde perd, un peu plus chaque jour. Mais nous ignorons que c'est un trésor. Un peu comme ces paysans qui après la guerre ont troqué leurs meubles en bois massif contre du formica, leurs bocages contre des parcelles plus grandes, leurs chevaux contre des tracteurs.

Aujourd'hui encore, nous sommes absorbés par le progrès, avalés par une marche en avant. Qu'est-ce qu'on vient nous dérober cette fois ? Nos fermes ? Nos terres ? Nos pratiques agricoles ? Nos outils ?

Ce que veut le progrès, c'est notre image, ce que nous représentons. L'image est devenue le centre de toutes les batailles, de toutes les convoitises. Comme c'est étonnant de voir que la Confédération Paysanne a gagné la bataille culturelle, mais pas celle des champs ! Chaque marque de lait, de céréales, chaque enseigne de la grande distribution se réclame d'une agriculture locale, respectueuse de l'environnement. L'image du producteur local, du paysan, a été absorbée et valorisée par l'économie de marché.

Que nous reste-t-il ? Un sentiment de liberté, quand nous montons dans la benne du pick up pour s'occuper du troupeau et que la voie lactée nous regarde ; quand nous voyons des nuages immenses peupler le ciel au-dessus de nos champs, et que nous rentrons à la maison le corps épuisé, d'un épuisement heureux.

C'est cela que voudrait saisir le progrès. Mais il ne peut pas, il n'a que notre image. Le reste, nous ne lui laisserons pas. Nous le protégerons des vents, nous le garderons dans notre foyer, celui que nous emportons dans nos champs, dans nos montagnes, dans nos estives.

Vous pouvez prendre notre image, mais l'odeur du feu, l'odeur du foin, l'odeur de la pluie sur l'herbe, c'est notre maison. Et vous ne savez pas où la trouver, vous ne savez pas où l'acheter. Vous habitez trop loin de notre belle nécessité.

Ce que nous vendons, c'est ce que nous concèdons au marché. C'est notre gagne-pain, c'est vrai. Mais nous essayons de ne pas oublier, qu'il existe autre chose que le marché.

 

Mathieu YON, maraîcher biologique à Dieulefit

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