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La Mauvaise Herbe


La Mauvaise Herbe, journal trimestriel de la Conf' Drôme.

Mais au fait, pourquoi "La Mauvaise Herbe" comme nom de journal ?! Connaissez-vous la chanson de Brassens ?

Gilles Servat, chanteur breton, disait « la langue bretonne est la folle avoine au milieu des épis bien rangés ». Avoir l'insolence de vouloir vivre malgré les contraintes rassurantes de l'ordre établi, fut-il mis en œuvre par les représentants élus de la république. Georges Brassens aussi chanta la Mauvaise Herbe, comme un défi à la morale convenue de tous les bigots de la nouvelle religion baptisée « démocratie ».
Et pour nous paysans, nous savons que lorsque les rumex et autres chardons se mettent à envahir nos champs, ce sont les sols qui n'en peuvent plus d'asphyxie sous les roues des tracteurs de plus en plus lourds.
Alors que le monde actuel est de plus en plus « formaté », nous regardons avec bienveillance toutes ces mauvaises herbes germer et fleurir avec impertinence pour le plus grand désarroi de ceux qui voudraient tout organiser, tout codifier, pour rendre le monde plus « intelligent », c'est-à-dire plus asservi à l'ordre techno-industriel, commercial et financier.


Brassens - La mauvaise herbe par Vega10


Le numéro du mois

n° 145 - juin 2020
Editorial
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Editorial

ENSEMBLE, C'EST TOUT


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Notre assemblée générale du 16 mars a été de bonne augure. Ce fut une réussite et peu de structures (syndicats ou associations) ont réussi à réaliser ce moment fort avant cette grande période de confinement que nous venons de traverser. Fort heureusement, ce mardi de rassemblement ne semble pas non plus avoir été un foyer à COVID 19 ! (nous n'avons pas eu de retour en ce sens, ouf !). Comme vous pourrez le constater en rubrique « vie syndicale », notre comité départemental s'est étoffé.

Mais pendant deux mois, nous, membres du comité départemental, sommes astreints à nous parler uniquement par téléphone, à maintenir un lien hebdomadaire (réunion téléphonique tous les mercredis soir). J'ai un mal fou à trouver de la motivation pour y participer. À chaque fois, je me demande : à quoi bon ? Comment susciter l'entrain et l'intérêt des membres du CD ? Et plus particulièrement des nouveaux venus ?

Ces doutes... chaque jour passant, je me trouve plus que privilégiée. Je jouis de conditions de vie et de travail qui relèvent, à n'en plus douter, de privilèges presque honteux. À quoi bon continuer la lutte et la défense des travailleurs paysans lorsqu'une grande partie de la population connaît ou connaîtra une précarité croissante confinée dans des cagibis ?

De ce début du mois d'avril, je retiens que la profession agricole est passée d'une situation de travailleurs de seconde zone à une situation plus que dorée.

… Et oui tout un chacun reconnaît à présent dans la fonction de production de biens alimentaires une véritable mission de service public, l'État au premier rang !

… Et oui, en période de confinement la proximité et la relocalisation de l'agriculture sont de mise !

… Et oui la souveraineté alimentaire est un grand principe universel même pour la FDSEA* !

… Et oui le maintien de la biodiversité, le dérèglement climatique, le respect de la planète sont au premier plan !

Bref, l'agriculture paysanne n'aurait plus de soucis à se faire. Les différentes thématiques portées par notre syndicat connaissent enfin leur heure de gloire. Le Roi est mort, Vive le Roi !

En cette période de doutes personnels, j'ai aussi la joie de pouvoir continuer mon travail, d'être en contact avec la Terre et l'Air qui m'apportent un réel équilibre. Mon accès à l'alimentation est facilité. Je ne peux m'empêcher de penser à ceux privés de leur revenus habituels : les potiers, artisans, entrepreneurs, restaurateurs... et tous les travailleurs précaires durement impactés. Arriveront-ils à se relever de cet épisode ?

Devant tous ces privilèges, les particularismes agricoles m'indiffèrent : aurais-je touché du doigt ce que l'on nomme le corporatisme agricole ?

Pourtant, au cœur de ces pensées éparses, j'ai un souvenir ému des manifestations sur la problématique des retraites. Avec le personnel soignant, les professeurs, instituteurs, le personnel des écoles, les gilets jaunes et la Conf'... j'ai eu la chance de participer quelquefois à ce grand mouvement social qui décriait les inégalités en évolution dans notre société, qui montrait du doigt la dégradation des services publics et les conséquences à venir de 30 années de privatisation de ce secteur, qui réclamait plus d'égalité... À vrai dire, c'était bien plus que les retraites, une vraie annonce d'un système en déclin, assouvi aux marchés et au monde de la finance, incapable de gérer les crises à venir...

Avec la crise économique en devenir, nos lendemains ne seront pas plus égalitaires, c'est à craindre. Ce syndicalisme de demain ce sera, plus que tout, avec l'ensemble de la société qu'il faudra le construire, le vivre, le porter à bout de bras ! Pour demain, je ne doute pas, je ne doute plus de notre motivation à poursuivre dans la rue avec l'ensemble des forces sociales les prémices du monde d'après...

 

Sonia Tonnot, maraîchère à Bonlieu-sur-Roubion

 

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