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AGRICULTURE ET CLIMAT
24.09.2026

Plan canicule sécheresse incendie : les paysans sont cramés, l’Etat les enterre…

Vendredi 18 septembre, la préfecture de la Drôme a invité les syndicats agricoles, la MSA*, les Banques, à la présentation du plan CASI censé aider les agriculteurs qui ont subi de plein fouet la sécheresse, la canicule et les incendies. Malgré des annonces fracassantes et autres effets de communication, les montants réels sont ridiculement faibles face à l’ampleur de la crise historique subie par les agriculteurs. Ce vendredi, la réunion s’apparentait à un plan de mise à mort du troupeau : il fallait choisir qui l’on sacrifiait et qui l’on allait tenter de sauver en saupoudrant des aides sur quelques fermes… L’État profite cyniquement de la canicule et des incendies pour lancer un plan social qui ne dit pas son nom. La Confédération paysanne le redit : aucun paysan, aucune paysanne ne doit disparaître !

 

Crise historique, réponse pathétique

Au niveau national, l'État a annoncé plus d'un milliard d'aide pour ce plan CASI. Le chiffre peut paraître important, mais il est en réalité très faible : quasiment la moitié de ce budget concerne l'ISN (Indemnité de Solidarité Nationale) et les calamités pour pertes de fonds, des dispositifs qui existaient déjà ! Cette somme va juste permettre d'abonder le fonctionnement normal de l'ISN.

L'ISN profite principalement aux agriculteurs déjà assurés : L'Etat enterre ainsi 4 paysans sur 5 : 82% de non assurés passent à la trappe et ne toucheront quasiment rien.

Il aurait fallu un déclenchement de l'ISN à 30% au lieu de 50 % de pertes pour toutes les filières et l'alignement du taux d'indemnisation des non-assurés sur celui des assurés pour espérer sauver les agriculteurs les plus touchés…

Après la canicule, cours après ton pécule…

Le plan propose un dégrèvement de la Taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFPNB). Mais cet argent tombe dans la poche des propriétaires fonciers, sans garantie qu'ils le reversent aux fermiers locataires. Pour rappel, en France, 51% des terres sont en fermage. Des propriétaires qui vont doublement gagner, avec en plus la hausse des prix !

Lors de la réunion à Valence, la question était posée : comment être sûr que les paysans touchent ce dégrèvement alors qu'il sera versé aux propriétaires ? Il nous a été répondu que les agriculteurs pourraient toujours aller en mairie voir si les propriétaires de leurs parcelles ont reçu des allégements, pour pouvoir ensuite aller eux même leur demander ! Après la canicule, cours réclamer ton maigre pécule…

Le fonds de réarmement : choisis ton enterrement…

Une des mesures « exceptionnelles » de ce plan était censée être le Fonds de réarmement, destiné à aider la remise en production des fermes, y compris celles touchées par les incendies. 235 millions au niveau national, 20 millions pour la région AURA, 2 millions pour la Drôme (1,6 millions tout de suite, soit 75% de l'aide, et les 25% restants par la suite).

Ce qui représente 400 euros par exploitant agricole si l'on répartit sur tout le département (chiffres DRAAF). La préfecture, elle, parle de 800 euros par ferme : c'est-à-dire en répartissant sur moitié moins de personnes. On ne sait par quel tour de magie, la moitié des petites fermes de la Drôme qui n'ont pas été (encore) tuées par la canicule et la sécheresse sont déjà enterrées par madame la préfète… Vu les températures à venir, ce ne sera d'ailleurs pas un enterrement mais une crémation…

La préfecture invente « la roue de l'infortune »

Lors de la réunion à Valence, la préfecture a demandé aux représentants des banques, à la MSA*, aux syndicats agricoles de choisir des critères pour sélectionner les fermes les plus en difficultés qui pourront bénéficier de l'aumône… Car on souligne « qu'il faut éviter le saupoudrage et être responsables ». Être responsable, c'est choisir qui va mourir parce que l'État n'a pas pris ses responsabilités ? Éviter le saupoudrage, parce que l'État ne prend pas de mesures à la hauteur de la crise historique vécue par le monde agricole ?

Dans les critères d'attribution, la préfecture élimine déjà les agriculteurs cotisants solidaires et tous ceux qui ne demandent pas la PAC*, sous prétexte de simplification administrative… Dans ses critères filière, elle élimine aussi par exemple tous les maraîchers de moins de 1 hectare de Surface agricole utile ou les fermes en polyculture, pourtant l'une des spécificités de la Drôme (celles qui ont un peu de maraîchage, un peu d'arboriculture, un peu de plantes aromatiques… et qui ne rentrent dans aucune case…). Ce qu'on décide de ne pas voir n'existe pas…

Il a même été question lors de la réunion d'accompagner les agriculteurs qui arrêteront le métier et les aider à trouver une reconversion... À la préfecture, on est déjà en train de préparer le plan social, et comment recaser les agriculteurs que l'on aura abandonné...

Nous le répétons : Aucun paysan, aucune paysanne ne doit disparaître ! Aucune ferme ne doit partir à l'agrandissement ! On ne veut pas de licenciement des salariés agricoles !

 Outre un plan Casi qui soit réellement à la hauteur, nous demandons urgemment différentes mesures :

  • Un encadrement /plafonnement du prix des fourrages

  • Garantir l'approvisionnement en foin des zones en forte demande

  • Une veille sur le prix de la viande

  • Un accès facilité pour les exploitants aux dispositifs de soutien de la MSA* (accompagnement, assistantes sociales…).

  • Un budget pour faciliter le remplacement des exploitants et lutter contre l'épuisement professionnel

Faire payer les responsables de la crise agricole et non les citoyens ou l'écologie

Ce n'est pas aux producteurs et productrices, ni aux consommateurs et consommatrices de payer la facture, alors que 8 millions de personnes bénéficient de l'aide alimentaire. C'est à l'ensemble de la filière d'assumer les risques. C'est pourquoi nous proposons depuis des années un fonds professionnel mutualisé et solidaire, accessible à toutes les fermes, impliquant tous les maillons de la chaîne agroalimentaire. À elle seule, la grande distribution capte un milliard d'euros de surmarge par an, comme l'a montré le rapport du Sénat de 2026. La solidarité nationale ne doit pas reposer sur l'ensemble des contribuables : il faut faire payer les responsables de la crise climatique (grandes entreprises réalisant des superprofits grâce aux énergies fossiles, très hauts patrimoines forts émetteurs de carbone).

Il faut souligner d'ailleurs une certaine schizophrénie dans le plan d'aide du gouvernement, qui subventionne d'un côté les énergies fossiles (aide à l'achat de GNR*, subventions aux engrais azotés fabriqué grâce aux gaz fossiles) et de l'autre prétend lutter contre les conséquences du réchauffement climatique sur les exploitations agricoles…

Pour éviter la schizophrénie, il faut arrêter de mettre des pansements sur les symptômes et soigner le mal ! Le dérèglement climatique aurait été atténué si l'État avait pris au plus tôt les bonnes mesures, et écouté les demandes que la Confédération paysanne porte depuis des années : un revenu décent pour tous, le développement de l'agroécologie, le soutien d'une agriculture paysanne respectueuse des sols et du vivant, le soutien du pastoralisme, l'installation massive de paysans…

Pour des paysans et des paysannes nombreuses et nombreux !

Contacts :
Alain Sousa, co-porte-parole : 07 68 68 47 38
Vincent Delmas, co-porte-parole : 06 07 69 36 25

Dossier de presse / pour en savoir plus :
Nos communiqués nationaux
Les petites fermes en fruits et légumes ne doivent pas être exclues du plan CASI (23/09/2026)
Un plan scandaleux face à une crise historique : 4 fermes sur 5 laissées sur le carreau ! (04/09/2026)

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