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La Mauvaise Herbe


La Mauvaise Herbe, journal trimestriel de la Conf' Drôme.

Mais au fait, pourquoi "La Mauvaise Herbe" comme nom de journal ?! Connaissez-vous la chanson de Brassens ?

Gilles Servat, chanteur breton, disait « la langue bretonne est la folle avoine au milieu des épis bien rangés ». Avoir l'insolence de vouloir vivre malgré les contraintes rassurantes de l'ordre établi, fut-il mis en œuvre par les représentants élus de la république. Georges Brassens aussi chanta la Mauvaise Herbe, comme un défi à la morale convenue de tous les bigots de la nouvelle religion baptisée « démocratie ».
Et pour nous paysans, nous savons que lorsque les rumex et autres chardons se mettent à envahir nos champs, ce sont les sols qui n'en peuvent plus d'asphyxie sous les roues des tracteurs de plus en plus lourds.
Alors que le monde actuel est de plus en plus « formaté », nous regardons avec bienveillance toutes ces mauvaises herbes germer et fleurir avec impertinence pour le plus grand désarroi de ceux qui voudraient tout organiser, tout codifier, pour rendre le monde plus « intelligent », c'est-à-dire plus asservi à l'ordre techno-industriel, commercial et financier.


Brassens - La mauvaise herbe par Vega10

 

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Le numéro du mois

n° 168 - avril 2026
Editorial
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Editorial

La cogestion, ça nous GAV !


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(GAV : garde-à-vue)

Les atteintes profondes à la démocratie ne cessent de se multiplier. Le 14 janvier dernier, nous étions 52 paysannes et paysans à être arrêté·es pour avoir eu l'« audace » de pénétrer dans les locaux du Ministère de l'agriculture (DGPE) à Paris afin d'y dénoncer les atteintes à l'agriculture paysanne et à la souveraineté alimentaire dans l'hexagone et dans les Outre-Mer. L'entrée dans l'enceinte du bâtiment s'est faite en douceur, nous avons collé quelques stickers, déroulé des banderoles et pris la parole devant de nombreux journalistes, prévenus en amont de notre mobilisation. Difficile donc de faire une action syndicale plus tranquille, surtout dans cette période de colères paysannes où blocages et dégradations étaient plutôt la norme.

 

Deux poids deux mesures : à bas la cogestion !

La veille, 350 tracteurs de la FNSEA* et JA* se regroupaient devant l'Assemblée Nationale et se voyaient reçus par Annie Genevard. Mais le jour de notre action, notre chère Ministre de l'Agriculture a plutôt décidé de porter plainte pour dégradations (lesquelles ?) et d'envoyer la police pour nous déloger. Difficile de faire plus méprisant envers la pluralité syndicale et d'assumer sans complexe le modèle de cogestion entre l'État et la FNSEA*. Deux poids, deux mesures.

Nous voilà donc nassé·es par la police et sortis par la force dans la rue. La BRAV-M, la brigade de répression de l'action violente motorisée, a même été envoyée… Nous pensions que ce déploiement de force complètement disproportionné s'arrêterait là et que nous allions repartir tranquillement dans nos pénates. Mais non, pour bien bafouer la liberté syndicale et tout faire pour qu'elle cesse de s'exprimer, il faut aussi intimider les militant·es pour qu'iels réfléchissent deux fois avant de recommencer.

Une fois entre les mains de la police, comme toujours, il ne nous reste plus qu'à subir toute une série d'humiliations en ravalant notre rage. Nous sommes aligné·es dans la rue et collé·es au mur pour être fouillé·es au corps (d'affreuses images de rafles nous viennent forcément à l'esprit) et entassé·es dans des fourgons qui nous emmènent au commissariat. Là nous sommes à nouveau fouillé·es, mais quasiment nu·es cette fois, avant d'être entassé·es dans des cellules collectives. Heureusement que la camaraderie qui nous unit est là pour atténuer la forte odeur de pisse… Il ne nous reste plus qu'à essayer de dormir un peu, sur ce mauvais tapis de sol posé par terre, le nez dans les chaussettes des camarades.

Dans la nuit, la visite de trois député·es exerçant leur droit de visite des lieux de privation de liberté nous rappelle vaguement que certains droits sont encore respectés. Pour Guy Albert, un camarade de Martinique, la nuit a été longue et pénible. Ses nombreuses réclamations pour obtenir son traitement médical et un appareil dont il a besoin pour dormir n'ont rien donné, si ce n'est un aller-retour stupide aux urgences, menotté et surveillé par un flic. C'est la procédure…

Le matin, après un mauvais biscuit sans café, nous passons les un·es après les autres devant l'officier de police judiciaire pour écouter ses questions, auxquelles on ne répond pas. C'est l'occasion de voir le nom du premier syndicat de police « Alliance », ouvertement proche de l'extrême droite, affiché partout...

Vers midi nous sortons au compte goutte, accueilli·es par une formidable équipe de camarades qui prennent soin de nous.

 

Ce qu'il faut retenir de tout ça est inquiétant. La liberté syndicale est bien fragile et bien relative. Fanny, Stéphane et Thomas, nos trois porte-paroles nationaux, faisaient partie des 52. Imagine-t-ton Arnaud Rousseau, président de la FNSEA*, collé au mur par les flics et passant la nuit en cellule ? Bien sûr que non, et quoiqu'il fasse. Et quand on voit les pratiques de la police et la proximité idéologique d'une grande partie de ses membres avec les idées d'extrême droite, il y a matière à s'inquiéter pour la suite.

Même si nous avons passé un mauvais moment en garde à vue, nous n'avons subi rien d'autre que des humiliations, largement atténuées par le fait que nous les avons vécues collectivement, avec le soutien juridique de la Conf' et avec la certitude que nous ne serions pas inquiété·es davantage. Mais cela ne doit pas nous faire minimiser ce qui s'est passé : l'État a délibérément voulu réprimer notre syndicat et bafouer un droit fondamental en démocratie. Et n'oublions pas que les atteintes à la liberté, les violences et les humiliations policières sont d'autant plus fréquentes et exercées en toute impunité que les personnes sont isolées, vulnérables, précaires, racisées.

Rappelons d'ailleurs que la grande force de la Conf c'est son collectif : pendant que les 52 paysan·es roupillaient tranquillement en cellule, nos fermes et nos points de vente étaient gérés par nos associé·es, compagnes et compagnons, enfants, copains et copines, collègues. Et ça, les flics ne nous l'enlèveront pas !

 

Christophe Morantin, paysan à Glandage

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