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FONCIER
19.04.2019

Congrès national : la motion de la Conf' Drôme contre l'accaparement de foncier pour le ré-ensauvagement largement soutenue par les paysan-ne-s

La Drôme fait partie des territoires confrontés à des achats de très grandes surfaces de foncier pour créer des "réserves de biodiversité", dans lesquelles les activités humaines sont exclues. Ce 17 avril, au congrès national de la Confédération paysanne à Tours, la Confédération paysanne de la Drôme a porté une motion au rapport d'orientation, co-signée par dix autres Confédérations paysannes départementales et largement validée par les congressistes.

Motion sur l'accaparement des terres pour le ré-ensauvagement

 

Motion proposée par la Confédération paysanne Drôme (26) et co-signée par les Confédérations paysannes : de l'Ain (01), des Alpes de Haute Provence (04), de l'Ardèche (07), du Doubs (25), de l'Hérault (34), de la Haute-Loire (43), de la Lozère (48), du Tarn et Garonne (82), de la Vendée (85), des Vosges (88).

 

En lien avec le titre donné au rapport d'orientation 2019 « la terre aux paysans et aux paysannes », il nous semble important d'être particulièrement vigilant sur la menace que fait peser l'idéologie portée par certains mouvements autour du ré-ensauvagement.

Depuis quelques années, on observe une augmentation du nombre d'achats de terres en vue de les soustraire à toute activité humaine, y compris agricole, dans l'idée de permettre à ces territoires parfois immenses de retourner à l'état sauvage. Cette approche de la nature et les moyens mis en œuvre pour la protéger sont contestables à bien des égards mais c'est une vision simpliste de l'écologie qui trouve de l'écho auprès d'une partie de la population et de financeurs prêts à soutenir ce genre de projet en faisant des dons pour l'achat de foncier. C'est ainsi que l'ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages) a déjà créé cinq réserves de vie sauvage en acquérant des centaines d'hectares, pour des montants parfois très élevés (plusieurs millions d'euros).

 

Pour un syndicat agricole comme la Confédération paysanne qui défend l'idée d'une agriculture paysanne et revendique la terre aux paysannes et aux paysans, nous devons être vigilants à ce que cette idéologie du ré-ensauvagement ne devienne pas un nouvel argument, aux allures vertueuses, pour exclure les paysan-nes de leurs terres en disqualifiant leurs pratiques. Des communautés paysannes entières d'autres pays se sont déjà vues exclure de leurs territoires au nom de la protection de telle ou telle espèce emblématique. Par ailleurs, sanctuariser des espaces immenses en les qualifiant de sauvages relève de la même logique qui a consisté à concentrer certaines productions dans des bassins spécialisés. D'un côté la nature sauvage, de l'autre l'agriculture industrielle. A l'inverse de cette spécialisation des espaces, l'agriculture paysanne cherche l'équilibre des territoires dans la complémentarité avec les autres activités plutôt que dans leur cloisonnement.

L'autre élément particulièrement préoccupant contre lequel nous devons nous mobiliser est la privatisation des terres : des associations comme l'ASPAS disposent de sources de financement considérables qui leur permettent d'acquérir du foncier à des prix largement au-dessus de ceux pratiqués normalement, incitant à la fois les propriétaires à leur vendre et empêchant par ailleurs les paysans de se porter acquéreurs. Les dysfonctionnements de la SAFER n'arrangent rien à cette spéculation foncière.

Enfin, dans un contexte d'expansion de la population de loups en France, chercher à sanctuariser de grands domaines pour permettre notamment le développement de ce grand prédateur ne fera qu'aggraver les difficultés de l'élevage pastoral et exacerber des tensions déjà fortes.

 

De la même manière que pour l'artificialisation des terres, l'acquisition de foncier autour des centrales nucléaires ou tout autre forme d'accaparement des terres, nous devons nous opposer à cette idéologie du ré-ensauvagement. Lutter contre cette idée sera d'autant plus difficile qu'elle apparaît comme une solution pertinente face aux problèmes environnementaux, notamment de perte de biodiversité. Et pour ne rien arranger, l'élevage, qui est souvent l'activité principale pratiquée dans ces zones dites sauvages, peine à se faire accepter auprès du grand public.

 

A nous donc de démontrer, comme il est dit dans le rapport d'orientation, que l'agriculture paysanne que nous défendons répond de manière globale aux enjeux d'aménagement du territoire, de préservation de l'environnement, du climat et de la biodiversité. Comme partout ailleurs dans le monde, les paysan-nes qui ont accès à des conditions de vie et de production décents sont les meilleurs garants du maintien d'un équilibre avec leur environnement puisqu'il est la base même de leur survie. Le maintien de la biodiversité passe par le maintien de paysannes et de paysans nombreux, répartis sur l'ensemble du territoire et bénéficiant de politiques publiques favorisant des pratiques agricoles adaptées aux spécificités de chaque territoire et une juste rémunération de leur travail. Soutenons des installations nombreuses et sur tout le territoire plutôt que de laisser des espaces entiers soustraits à l'agriculture sans pour autant répondre de manière globale aux problématiques environnementales. Voire conforter l'idée que les zones « marginales » doivent être abandonnées à une nature pseudo sauvage et à un business autour de l'écotourisme tout aussi sauvage.

 

Avec cette motion, nous demandons ainsi à ce que la question de la privatisation des terres dans un objectif de ré-ensauvagement soit prise en compte dans les différents travaux déjà en cours, notamment dans la commission foncier avec le projet de loi d'orientation foncière et dans la commission prédation. Nous demandons également que les différents départements potentiellement touchés par ces acquisitions de terre y soient attentifs à travers le travail de veille des délégués structure et qu'ils fassent remonter l'information au niveau national.

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